[3] Le rêve

Publié le par zverouchka

A peine Joseph eût-il fermé les yeux que de curieuses images se bousculèrent sous ses paupières closes. Une gigantesque silhouette brune se pencha sur lui : elle lui confia d'une voix grave un long discours mélodieux aux accents doux et incompréhensible dans un dialecte inconnu; puis il  se vit cheminant, ses poches se remplissant à chaque pas de galets blancs, avalant les kilomètres et engrangeant les cailloux à en faire se rompre les coutures de sa veste. Les images s'enchaînèrent, apaisantes,  jusqu'à ce qu'au-delà du sommeil, l'enfant perçoive les rayons du soleil décliner, le ramenant doucement à la réalité.

Joseph s'éveilla avec le souvenir confus d'un oiseau sombre le survolant, interposant ses ailes entre lui et le reste du monde à la manière un large bouclier noir.

 

Le garçon  sursauta, à présent complètement réveillé. Tout lui revint en mémoire : le renard, la course à travers champs,  l'incompréhensible envie de dormir qui l'avait saisi... Une angoisse l'étreignit : depuis combien de temps avait-il quitté les murs du pensionnat ? Les cours avaient dû reprendre et on avait à coup sûr signalé son absence ! Joseph se lança dans une course aussi éperdue qu'inutile pour rattraper le temps perdu, traversant le champs en sens inverse comme s'il avait un démon à ses trousses.

 

De retour dans la cour de l'établissement, hors d'haleine, il leva les yeux avec crainte vers la grande horloge pour contempler l'étendue du désastre et se figea, frappé de stupeur : les deux austères aiguilles n'indiquaient que…12:39. Joseph fronça le sourcil : 12:39, cela signifiait que seules 24 petites minutes s'étaient écoulées depuis le début du premier service pendant lequel il avait mangé… Il regarda autour de lui : au loin quelques élèves ayant quitté le réfectoire s’égaillaient à l’ombre des platanes, tandis que le gros des troupes finissait son repas. Il était impensable qu’en si peu de temps il ait eu le temps de manger, poursuivre un renard, s’endormir comme une pierre au pied d’un ruisseau et regagner l’école !

 

 

Dépassé par le caractère extraordinaire des évènements, Joseph préféra repousser à plus tard toute tentative d'explication et alla se réfugier dans sa salle de classe. Là, tranquillisé par le silence qui régnait dans cet univers familier, il attendit patiemment la reprise des cours en tentant d'occulter ce qui lui revenait des bribes du curieux rêve qui l’avait visité.

 

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