[5] En route !

Publié le par zverouchka

Le lendemain, après avoir trépigné d’impatience toute la matinée, Joseph expédia son repas et laissa le réfectoire derrière lui. Dans les couloirs qui le menaient dehors il palpa la poche de sa veste. Le galet était toujours là, bien à l’abris sous le tissus. Il ne lui fallut que quelques minutes pour quitter discrètement l’enceinte du pensionnat et galoper à travers champs jusqu’à la rivière.

Dans le sous-bois il retrouva la fraîcheur et la quiétude de la veille… mais de renard, point. Joseph tourna en rond quelques minutes, prenant conscience qu’il ne savait pas précisément ce qu’il était venu chercher. Dépité, il enfourna ses mains dans ses poches, l’air songeur. « Quel âne » fini t’il par se dire en haussant les épaules. Il s’apprêtait à tourner les talons lorsqu’il remarqua un petit taillis à quelques mètres de l’autre côté du cour d’eau : c’était à cet endroit précis que le renard avait disparut la veille. Ecoutant son intuition, Joseph traversa la Miroitante , s’agenouilla devant le buisson et en écarta les feuilles avec précaution.

Ce que découvrit le jeune garçon dans cet écrin végétal fit pétiller son regard de plaisir et de curiosité : il ne s’était pas trompé, il avait eu raison de venir. Une solide paire de chaussures attendait sagement aux côtés d’un baluchon blanc. Avec précaution, il défit le nœud du tissu pour découvrir ce que le sac renfermait : du pain et du fromage pour deux jours, une somme d’argent modeste et… un galet blanc sur lequel il pu lire :

Marche droit devant jusqu’au soir.

A la tombée du jour,

je t’attendrai au pied de la fontaine.

 

Et tout en énumérant la multitude de bonnes raisons qui auraient dû le pousser à rebrousser chemin, Joseph glissa le galet dans sa poche, enfila les chaussures, cala le baluchon sur son épaule et se mit à marcher droit devant.

« Marcher jusqu’au soir » ? Mais pour aller où ? Et pour rencontrer qui ? Joseph était un garçon calme et réfléchit. Aussi l’analyse de cette proposition lui parut-elle aussi risquée qu’absurde. Les routes n’étaient pas sûres, son sens de l’orientation très relatif et s’il jouait efficacement des poings pour avoir la paix dans les couloirs du pensionnat, il savait ses bras trop maigres pour le défendre du monde extérieur en général et des bêtes sauvages en particulier.  

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