[7] Seul ?

Publié le par zverouchka

Il fit le tour de la fontaine, regarda au loin : personne. Joseph plongea la main dans sa poche et en retira le galet blanc. Dans l’obscurité presque totale les rayons de lune se reflétaient sur la surface claire et il pu déchiffrer  à nouveau sans difficultés le message qui y était inscrit. « Je t’attendrais près de la fontaine ». Le garçon scruta les ombres environnantes. Pourquoi était-il seul ? Avait-il été trop lent à se rendre au rendez-vous ? Celui qui l’avait fait venir ici si mystérieusement s’était-il ravisé ? Pourquoi avoir changé d’avis ?

Joseph s’assit au pied de la fontaine ; si la marche l’avait réchauffé, à présent qu’il s’était arrêté sa mince veste de laine ne lui suffisait plus et il était frigorifié. Que faire ?  Sans lumière, il lui était impossible d’avancer. Quand au repos, ce n’était même pas la peine d’y songer : avec le froid et la peur des mauvaises rencontres, il savait qu’il lui serait impossible de dormir. Il ne lui restait plus qu’à attendre l’aube. Mais demain ? Où diriger ses pas ? En se lançant à la poursuite des étonnants galets blancs à la manière d’un petit Poucet, Joseph avait omis un détail : il avait beau être débrouillard, il n’en restait pas moins petit garçon et la situation avait prit un tour qui le dépassait complètement. La mine sombre, il fouilla dans son baluchon, en ressorti un morceau de pain et de fromage et entreprit de souper, le cœur lourd et inquiet.

C’est alors qu’un craquement sec sur sa gauche lui fît brusquement relever la tête.  Il eut beau froncer les sourcils pour concentrer son regard sur la zone d’où émanait le bruit, la nuit était si dense qu’il ne distinguait rien. Rien hormis cette forme noire, massive. Un buisson ? Le cœur de Joseph accéléra. Un immense buisson qui… il le distinguait nettement à présent, avançait droit dans sa direction ! Frappé de terreur, Joseph fit un terrible effort sur lui-même pour rester silencieux tandis que l’impressionnante masse se dirigeait vers lui d’un pas tranquille et nonchalant. Impossible de distinguer avec précision ce que c’était mais le garçon avait une certitude : quoi que ce fût, la chose ne l’avait pas vu. Du moins, pas encore. Et tandis que, tétanisé, il regardait s’approcher la silhouette gigantesque, il eût le sentiment étrange qu’elle lui était familière. Et comme pour confirmer cette impression, une partie du rêve qu’il avait fait près de la rivière lui revint en mémoire. Sorti du sous-bois, éclairé par la lune qui baignait la clairière de ses faibles rayons, un ours était apparut. Massif. Majestueux. Et Joseph se souvint : dans ce rêve, c’était une ourse qui s’était penchée sur lui pour lui conter à voix basse des chansons et des mythes inconnus.

 

L’animal n’était plus qu’à une trentaine de mètres à présent. Le pain et le fromage roulèrent par terre. Joseph bondit sur ses pieds, les cheveux dressés sur la tête, les yeux écarquillés. L’ours, surprit, sursauta et dévisagea l’enfant. Une seconde passa, dans le silence assourdissant d’une forêt qui semblait toute entière aux aguets.

Au loin, une mélodie se fit entendre. Le point lumineux que le jeune garçon avait aperçu un moment auparavant réapparut, se frayant un passage à travers le sous-bois, et cheminait lentement dans leur direction. L’ours huma l’air une dernière fois en fixant Joseph de ses yeux brillants, fit marche arrière et disparut dans les fourrés. Non loin du garçon, les branches s’écartèrent et une vieille dame apparut devant lui avec seau et lanterne.

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