[9] Le refuge

Publié le par zverouchka

Au milieu de la forêt noire et bruissante, la présence de la frêle vieille dame ouvrant la marche devant lui était étonnamment rassurante. Quelque chose de beaucoup plus grand, de beaucoup plus fort qu’elle émanait de sa personne,  la transcendait. Joseph, qui quelques minutes auparavant seul, perdu, avait dû faire face à la plus grosse frayeur de sa vie était à présent d’un calme extraordinaire. Chaque pas effectué dans le pas de son guide atténuait un peu plus sa peur et son appréhension, les faisant fondre, lentement.  
Après vingt minutes de marche dans la pénombre, Joseph dont la concentration avait permis de ne pas renverser une goutte du précieux liquide, déboucha avec la vieille dame sur une seconde clairière, de dimensions plus réduites.

- Nous y voilà. Annonça sobrement Annouchka.

Face à eux, une petite maison de bois se tenait bien droite, comme au garde-à-vous. Ses deux fenêtres éclairées auraient pu figurer deux yeux. Elle semblait les attendre. La lune était haut dans le ciel. Il devait être bien tard à présent. 
La vieille dame éteignit sa lanterne, entra dans un vestibule juste assez grand pour eux deux et invita Joseph à se déchausser. A l’intérieur, tout était d’une propreté rutilante. Les cuivres brillaient, se renvoyant en écho le rougeoiement d’un poêle. Au mur, des tapisseries chamarrées rehaussées d’or et de broderies régalait l’œil et par ses épais tapis, le sol était une bénédiction pour les pieds nus du voyageur fatigué. 
Fourbu, frigorifié, joseph s’approcha timidement du poêle antique qui réchauffait la pièce. Un tabouret de bois trônait à côté, comme une invitation. Quelque part, un curieux grognement s’éleva. 

-
Assieds-toi, lui enjoignit doucement la vieille dame.
Elle s’éclipsa dans une pièce attenante et revint avec une grande bolée de soupe. 

- Bon appétit, sourit elle.

Joseph trempa ses lèvres dans le liquide tiède. La soupe était comme le sourire de la vieille femme : riche, velouté, rassasiant, délicieux. Lorsque le garçon eût fini, elle lui retira le bol des mains et le remplaça par une écuelle généreusement remplie d’une préparation odorante inconnue.

  - Pour Michka, précisa t’elle en lui tendant une grande cuillère de bois. Essaye de la nourrir pendant que je termine la préparation de l’onguent. Je ne l’entends pas : elle dort. Réveille-là doucement. 

Joseph balaya la salle du regard sans y trouver de petite fille. Une lueur espiègle traversa l’œil de la vieille dame.
 

- Elle est là-bas, lui précisa t’elle en désignant le recoin le plus sombre. Puis elle disparut à nouveau dans la pièce attenante.
 
Joseph se leva, se saisit d’une bougie qui brûlait non loin et s’approcha de l’endroit signalé sur la pointe des pieds. Un bref grognement se fit à nouveau entendre.  En face de lui, tout contre le mur, dissimilé par un drap de lin, une petite silhouette gisait sur un épais matelas.

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