[13] Préparatifs

Publié le par zverouchka

Un vent d’Est se leva, canaille, balayant la cime des arbres d’une rafale mal élevée et brutale. Annouchka fronça le sourcil et réajusta le châle bariolé qui recouvrait ses épaules. Elle retourna vers la maison à pas lents et s’y réfugia en refermant sur elle la belle porte de bois sculpté. À l’intérieur, la pénombre et la douce chaleur émise par le poêle contrastaient agréablement avec la fraîcheur et la luminosité crue de cette matinée d’avril. 

Elle se dirigea vers un grand coffre en bois peint et en souleva délicatement le couvercle bombé. Elle extirpa de sa cachette un harnais de cuir rouge, une gibecière ainsi qu’une cape rehaussée d’un capuchon et empila avec satisfaction les trois objets sur un petit trépied. Elle trottina ensuite vers l’autre pièce où elle entreprit de préparer plusieurs encas. Non loin, Joseph dormait profondément, paupières clauses. Sa poitrine soulevait à intervalle régulier le curieux galet posé sur son cœur. Il avait le souffle calme de ceux qui, même entourés de flammes, se savent en sécurité. Non loin de lui, l’ourse gisait, roulée en boule dans le grand fauteuil de bois. Dans son demi-sommeil douloureux, Michka grognait et ronflait avec la discrétion qui caractérise le repos des carnivores amenés à peser un jour plus de deux cents kilos.

En la regardant travailler, enveloppant avec soin des morceaux de pain et de viande séchée dans des pièces de lin blanc, elle aurait pu faire penser à la mésange architecte ou à l’araignée brodeuse : chaque geste était précis, mesuré et réfléchit. Elle remplit la musette avec les provisions fraîchement préparées, soupesa le fardeau pour en vérifier le poids et acheva son travail en y rajoutant une gourde et un petit couteau. 

Ces préparatifs achevés, Annouchka vint s’assoire à côté du poêle, reprit un ouvrage de broderie laissé de côté et en attendant patiemment l’arrivée de Vétérok et du renard, ses yeux d’oiseau de nuit fixés sur l’ouvrage révélé par les braises incandescentes, elle se remit à broder.

Une demi-heure plus tard, Vétérok s’annonçait à l’entrée de la masure, accompagné d’un vigoureux poney gris dont la crinière épaisse coulait en cascade sur une belle encolure.

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