[12] Antidotes et poisons

Publié le par zverouchka

Annouchka retrouva l’ourse et l’enfant assoupis dans le grand fauteuil, à l’exacte place où elle les avait laissés. Joseph, écrasé de sommeil, dormait à poings fermés, tandis que Michka se réveillait peu à peu en se plaignant doucement. Dans la main de l’enfant, le fragment de métal brillait d’un bien curieux éclat. Annouchka le soustrait des mains du garçon et le glissa dans sa poche. Puis avec délicatesse, elle manipula la patte de l’ourse et observa l’entaille. La plaie suintante ne se refermait pas.

- Je reviens m’occuper de toi, dit-elle à Michka en repoussant légèrement la petite malade, mais pour le moment je dois d’abord m’occuper du sommeil de celui-là.

Elle enlaça Joseph et — chose extraordinaire pour son grand âge, le souleva avec autant d’aisance que s’il avait pesé moins lourd qu’un oreiller de plumes. Elle le coucha dans un coin de la pièce et le borda avec soin.

- Il faut chasser la fatigue, murmura telle en s’éloignant ; elle revint quelques secondes plus tard avec un galet blanc à la surface duquel s’enroulait une harmonieuse spirale tracée à l’encre noire. Tout en plaçant le galet sur la poitrine de l’enfant, elle se mit à chantonner tout bas :

- Une heure de perdue, quatre heures de gagnées. Ivan épuisé renaîtra, par ce sommeil bien singulier… Une heure de perdue, quatre heures de gagnées. Ivan épuisé renaîtra, par ce sommeil bien singulier… Une heure de perdue…

 


Annouchka était soucieuse.

Après avoir achevé sa chanson, elle retourna auprès de Michka pour lui donner à manger. La guérison espérée ne s’était pas produite : le corps étranger avait bien été délogé par les massages et l’onguent administré par Joseph, mais la plaie refusait de cicatriser. La vieille femme fit appel à sa mémoire ; en 105 ans, pareille déconvenue ne lui était jamais arrivée : ses potions avaient toujours eu l’effet escompté… Si la blessure ne cicatrisait pas, c’est que quelque chose s’opposait au pouvoir régénérant de son remède.

 

Elle fouilla dans sa poche pour examiner le morceau de métal. De forme triangulaire, il ne mesurait que quelques centimètres et luisait, sombre et inquiétant, dans la paume de la vieille dame.

- Un métal enchanté, je le crains, pensa t’elle.

Annouchka sorti de la maisonnette et lança un appel bref à l’aide d’un minuscule sifflet d’agent dégagé des plis de sa robe. Quelques secondes s’écoulèrent et le renard roux qui, la veille, avait entraîné Joseph loin de son pensionnat, sorti de sous un buisson. La mine enjouée, il vint retrouver Annouchka et s’assit à ses pieds. 
- Agagneuk, petite flamme, j’aurai bien besoin de toi lui dit-elle en lui grattant l’oreille. Cours, va chercher Vétérok et ramène-le moi. 

Aussitôt dit, aussitôt obéie : le renard se releva d’un bond et disparut dans les taillis.

 

 
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